Cet enfant que je ne connais pas: mon fils

Je n’ai pas beaucoup écrit sur A., ce qui pourrait paraître étrange. Mais à bien y réfléchir pas tant que ça. Je veux dire, oui j’aurais pu écrire, vous livrer mes pensées les plus tristes, mais… Mais j’aurais écrit quoi? Parce que finalement, on a vite fait le tour du sujet. C’est bien là toute la difficulté de ce deuil.

Je ne sais pas quoi dire sur A. à proprement parler. Je ne peux pas parler de son caractère, des choses qu’il aimait, des aventures vécues ensemble et qui me manquent. Je ne le peux pas tout simplement parce qu’on a pas eu le temps de se créer une histoire à 2 et à 3 (avec Sir). Finalement, je ne sais rien de lui, mon fils. Il a un prénom choisi avec beaucoup d’amour depuis plusieurs années. Ce prénom porte tout l’espoir d’une histoire qu’on rêvait d’écrire à trois. Mais aujourd’hui, ce fils qui porte ce prénom n’a pas eu le temps d’écrire l’histoire avec nous.

Je suis la seule responsable, je le sais et j’essaie chaque jour de me pardonner. Je suis responsable parce que c’est mon corps qui a failli. Mais je n’ai pas voulu ça évidement. Donc je suis autorisée à me pardonner. En attendant, lorsque je pense à mon fils, tel qu’il a existé réellement, c’est le vide. Il n’y a rien à dire. A sa naissance, il n’a pas pleuré (trop faible pour ça, le peu d’énergie était consacré à la respiration). Nous en revanche on a tellement pleuré lorsqu’on nous l’a apporté que mes yeux sont incapables de se souvenir de son visage. Donc finalement quand je pense à lui, je pense que ce n’est pas vraiment à lui, A., que je pense, mais à notre fils A. celui de notre histoire imaginaire qui est mort avec le vrai A. qu’on ne connait pas. Probablement que le vrai A. aurait eu un caractère très différent de celui qu’on lui a attribué. Probablement qu’il aurait eu cette indépendance qu’on lui souhaitait tant, tout simplement parce qu’on l’aurait élevé ainsi.

Probablement…

C’est compliqué comme deuil.

Et pourtant de l’amour, j’en ressens plein. J’en ai ressenti lorsqu’il était dans mon ventre. Je me suis découverte des sentiments nouveaux. J’ai eu envie de le protéger du monde, des autres. J’ai fait au mieux je pense. C’était simple, cela s’imposait à moi. Et pourtant, je n’ai pas su le protéger de son unique ennemi à ce moment là: moi, sa mère, moi ce corps incapable. J’ai failli par excès de confiance en la vie. J’ai cru jusqu’à la dernière minute qu’une solution serait trouvé. Je lui disais adieu sans y croire. Durant les 12h de travail, une petite voix me disait: il va y avoir un miracle.

Mais ce ne fut pas le cas.

Aujourd’hui le seul lien qu’il me reste avec A., le seul que je crois créer, c’est autour de sa tombe. Nous lui avons commandé une jolie tombe en pierre. Il est chic mon fils dans sa dernière demeure et finalement la seule en ce monde qu’il aura connu.

C’est étrange d’acheter une tombe quand vos amies achètent le fameux lit que vous aviez repéré avec la déco qui va avec. Notre déco à nous elle est dans un cimetière.

Je ne le connais pas ce fils mais je lui parle comme lorsqu’il était dans mon ventre. J’espère qu’il repose en paix et en même temps j’aimerais qu’il ait une chance d’avoir une vie. Je ne sais pas si au ciel il aura la possibilité de grandir, d’apprendre des choses, d’aimer etc… c’est quoi l’éternité d’un être qui n’a rien connu avant?

Alors aujourd’hui, je pense à la suite. J’espère que ce fils que je n’ai pas eu la chance de connaitre et d’élever ne m’en veut pas d’essayer d’avoir un second enfant.

J’espère que quand j’irai à mon tour au ciel nous nous retrouverons.

 

 

 

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35 réflexions sur “Cet enfant que je ne connais pas: mon fils

  1. Ton billet m a donné des frissons.
    Je suis vraiment triste…je ne sais pas où on va vraiment …Mais je suis certaine que notre âme veille sur ceux qu on aime. Alors je suis certaine que votre petit A. veille sur vous. C’est votre bonne étoile. Même s il n a pas pu réellement apprendre à vous connaître, là où il est maintenant, il le fait. Et il doit sûrement ce dire que vous êtes courageux et battant !
    Des gros bisous 😙

  2. Tout cet amour.. Comment peut-il t’en vouloir?
    Ton corps est peut-être responsable mais ton corps, ce n’est pas vraiment toi..
    Je te souhaite très fort d’avoir un second enfant et de vivre une merveilleuse histoire avec lui. ❤

  3. C’est tellement dur de te lire. Je ne crois pas à la vie après la mort, en revanche, le lien si fort crée lorsque ce petit A était dans ton ventre est unique. Ce n’est pas toi qui est responsable, c’est la vie qui est trop dure et injuste. Je te souhaite d’avoir bientôt un autre joli prénom à trouver et une histoire à construire à 3

  4. La seule chose qui me fait tenir ma pivoine c’est de me dire que je vais revoir mes 3 loulous la haut et j’y crois. Pour ce qui est de te sentir responsable, le psy m’a dit que ce n’est pas comme si on l’avait souhaité et la c’est toute la différence …on est responsable de notre corps. On subit finalement…courage à toi pivoine je pense fort à toi et à A.

  5. Pivoine tu n’es pas fautive, non seulement tu ne l’avais pas souhaité mais en plus tu n’avais aucune possibilité de changer quoique ce soit.
    Ton petit bout tu l’as connu ces quelques mois dans ton ventre, mieux que quiconque. Tu l’as entouré de tout ton amour, il l’a ressenti et, pour moi, le ressent toujours. Je pense que les proches qui nous ont quitté continuent à nous accompagner. Un jour tu le retrouvera ton bonhomme, il t’aura attendu et veillé tout ce temps.
    Je n’ai plus peur de la mort depuis que j’ai perdu mon fils, je ne la désire pas, j’espère vivre une vie longue et heureuse avant, mais je sais que le jour viendra où je le retrouverai.

  6. Tu n’y es pour rien ma belle pivoine … seule la nature est responsable de cette immense tristesse. Elle saura j’en suis sûre se faire pardonner avec un deuxième enfant qui viendra atténuer votre peine, tout en sachant que votre petit A veille sur vous. Je t’embrasse très fort

  7. Je ne peux pas être d’accord avec toi, ni quand tu dis que tu es responsable de ce qui s’est passé, ni quand tu parles de toi comme ennemi de ton fils. J’ai envie de te hurler que non, tout cela est évidemment faux. Mais je comprends que tu puisses être en prise avec ces ressentis, et je ne peux que te souhaiter de trouver la paix par rapport à ceux-là en te libérant de cette culpabilité que tu ressens.
    Il y a un texte qui m’avait marquée quand je l’ai lu il y a bien longtemps – je te le mets ici, peut-être te parlera-t-il, c’est de Jacques Salomé:
    « Il est venu au monde et je l’ai perdu avant même de le rencontrer, s’est lamentée cette femme.
    Je n’ai pas su lui répondre, à cette époque, ce que j’ai découvert depuis et que je sais aujourd’hui.
    Que certains bébés, certains enfants se « donnent la liberté » d’apparaître, de seulement apparaître dans la vie, pour insuffler l’envie à l’un de leurs parents de naître enfin ou d’accéder à plus de vie dans leur existence.
    Certains enfants sont de passage pour montrer à l’un ou à l’autre de leurs géniteurs un chemin, pour témoigner d’un choix de vie à faire.
    Certains enfants, par leur mort subite, invitent… leurs parents à oser un changement qu’ils n’avaient pu envisager jusqu’alors.
    Certains enfants ont ce pouvoir de dire par leur présence furtive et fugitive et leur disparition brutale : « Ose ta vie, toi seul la vivra »
    Nous pouvons ainsi écouter et entendre le message secret envoyé par ces enfants
    dont la présence éphémère nous blesse à jamais si nous restons sourds à leur message d’espoir. »
    Bisous

  8. Comment peux-tu te sentir responsable alors que tu n’appelais qu’à la vie, que tu l’aimais tant. Bien sûr que tu n’y es pour rien. La nature joue de sales tours, c’est tout. Et puis, j’arrive à aligner trois mots ici, mais j’ai tellement pleuré en te lisant. Je devrais pas te le dire. Mais je suis pleine d’espoir à lire que tu n’abandonnes rien. Des baisers tendres.

    1. Je suis désolée de t’avoir rendu triste. Tu as raison tu ne devrais pas me lire du cela te touche trop. Je ne peux pas m’interdire d’écrire lorsque cela s’avère nécessaire pour moi. Mon blog est un journal intime interactif. Un outil qui me permet d’être égoïste pour m’aider à affronter la vie, une partie en tout cas. Mais si ca peut te rassurer, un écrivant ce post je n’avais aucune tristesse dans le cœur, juste un sentiment d’hyper réalisme de la situation. Je pense que je vais mieux. Il m’arrive encore de pleurer mais c’est souvent parce que tout le travail en amont avant la reprise de la Fiv est long et difficile à accepter. C’est usant de tout recommencer lorsque on a touché du bout des doigts le bonheur de devenir parents.
      Prends soin de toi

  9. Je t’en prie ne te torture pas. Ce n’est pas de ta faute et celle de personne sans doute. Je t’embrasse très fort Pivoine. Douces pensées pour le petit A.❤️

    1. Je ne peux pas dire que je me torture. Je l’ai écrit: je suis autorisée à me pardonner. Il serait naïf et vain de croire qu’on peut perdre son enfant à cause d’une défaillance de son corps et ne pas ressentir une responsabilité. Mais malgré cette responsabilité je me pardonne sans me dédouaner. La nuance a toute son importance pour avancer sans tricher sur ce qu’on ressent 😘😘😘
      C’est ainsi que Je vis les choses. Évidemment je ne considère pas que c’est ainsi que toutes les femmes dans la même situation doivent se sentir. Nous sommes toutes différentes.
      Je t’embrasse 😘

  10. Ton article est magnifique. Il a eu de la chance, ce petit A, de vous avoir comme parents. Je suis sûre qu’il ressent et a ressenti votre amour pour lui. Des bisous ❤

  11. Ma douce pivoine… les mots me manquent… ce post est une magnifique déclaration d’amour à votre petit et aussi une ode à l’espoir. Je suis heureuse de savoir que vous vous offrez une nouvelle chance… Et sois gentille avec toi, ton corps à fait du mieux qu’il a pu…
    Je t’embrasse très très fort ❤️

  12. Non, vous n’êtes pas responsable, si A n’est plus parmi nous, c’est à cause de la convergence de plein de facteurs, de la faute à pas de chance, du destin, du ciel ou je ne sais quoi mais pas de vous. Vous n’avez pas volontairement bu des milliers de litres de poison ou soi que ce soit d’autre. Même si j’ai l’impression que vous juger ainsi vous soulage, ne soyez pas si sévère, vous avez fait tout ce que vous pouviez. Nous ne sommes pas des machines qui obéissent au doigt et à l’œil et à qui il faut juste mettre une goutte d’huile de temps en temps.
    Et au creux de vous, il a senti les caresses de l’autre côté du ventre, il sait tout l’amour qui lui ait donné.

  13. Comme Ange, j’ai pleuré à la lecture de cette magnifique lettre. Ne t’en veux pas, tu n’y es pour rien, la nature est juste une cruelle marâtre… pour parler poliment. J’espère que vous allez trouver votre chemin vers le bonheur. Tous mes voeux d’espoir pour vous et des pensées à votre petit A. si tendrement aimé.

  14. Tant d’amour… Tu as peut être dû choisir une tombe plutôt que le lit prévu, mais tu l’as fait avec autant d’amour et tu lui offres un lit de repos aussi rassurant que ton ventre l’a été pour lui.
    Ne culpabilise en rien, ce n’est pas ta faute, et autorise toi effectivement à pardonner, à la vie, à la nature, cette profonde injustice.
    Il aurait été sûrement très différent de la représentation que vous en aviez, mais il n’en est pas moins réel.

  15. Je n’arrive à rien écrire ma belle. j’efface, je recommence, j’efface… alors je te dis simplement combien je pense à toi et espère pour toi… je t’embrasse fort

  16. C’est dur…trop dur…je suis si malheureuse de lire ceci, de savoir que tu/vous aviez du vivre une telle chose abominable. Ce bebe a de la chance de t’avoir comme maman Pivoine. Tu es une personne extraordinaire et je ne veux penser qu’au jour où tu seras heureuse à nouveau.

  17. Je voudrais te dire que tu es une maman bouleversante ma chère Pivoine… Je lis ce sentiment de culpabilité qui t’habite et je le comprends. Mais je sais que tu sais que tu n’y es pour rien dans le fond… Ce n’est pas tant ton corps qui a failli que la nature, la médecine, la Vie…
    J’espère que tu sauras être indulgente avec toi-même en te pardonnant sans concession.
    En tout cas, j’imagine sans difficulté à quel point ce retour en PMA doit être douloureux et usant… Je n’ai pas vécu la perte d’un enfant mais je n’ai pour autant pas eu ce courage. Et je ne l’aurais probablement plus… J’ai très envie d’y croire et d’espérer de toutes mes forces et de toute mon âme pour toi. 😘

    1. Comment tu vas? Je pense souvent à toi. J’espère que bientôt tu pourras nous annoncer l’arrivée de votre bébé dans votre jolie maison. Je t’embrasse fort 😘

  18. Belle Pivoine, ton message est magnifique ❤️❤️ je t’envoie des tonnes de bisous à toi ainsi qu’à ton petit A. Je comprends très bien ce que tu exprimes dans ta dernière phrase, depuis que ma mère et morte je suis intimement persuadée qu’on se retrouvera. Plus tard. Petit A, veille sur toi à présent.

    1. Il ne faut pas Flippette. Le mien est sec et résigné 😑
      J’aimerais pouvoir dire que demain sera meilleur mais je vais attendre d’être à demain pour dire qu’on a survécu à ça aussi. 😔
      J’espère que toi tu vas bien. Des bisous

  19. Je suis très peinée de lire que tu te sens responsable (notre fils est grand préma, avec 2 malformations, et je ne me suis jamais sentie coupable, ni même mon corps) mais chacun vit les choses à sa façon, tu as raison de le préciser. Si cette culpabilité ne t’empêche pas de te pardonner c’est une nouvelle preuve de force.
    C’est compliqué de commenter tout ça, je trouve le texte de Kaymet superbe et inspirant.
    Je vous souhaite le meilleur.

  20. Je t’ai lue lorsque l’article est paru mais je ne trouvais pas les bons mots…
    J’ai envie de te dire que je comprends ton sentiment de culpabilité pour l’avoir vécu à la naissance de mon fils mais j’ai peur que la comparaison ne tienne pas la route. Et même si ce sentiment est inévitable, il faut réussir à t’en débarrasser car toi tu n’as rien fait pour provoquer ce qui est arrivé. On sait comme la Nature est dure et injuste. Tu n’as rien fait de mal à ton petit garçon. Tu lui as tout donné pour le temps qu’il a passé avec toi, avec vous, dans et hors de ton corps. Ce petit A a une chance immense d’avoir une maman comme toi.
    Je vous souhaite bien sûr de tout mon cœur de lui donner un petit frère ou une petite sœur et de vous donner une deuxième chance. On ne sait pas ce que l’avenir peut nous réserver mais si j’ai appris quelque chose c’est que chaque grossesse est différente. Je croise les doigts pour que le petit être qui viendra se loger au creux de ton ventre puisse te réconcilier avec ton corps et que tu te pardonnes. C’est important.
    Merci pour ton article si touchant ❤️ (et pardon si mes mots ne sont pas à la hauteur de ce que j’ai ressenti en te lisant).

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