Énervement 

L’énervement est une émotion récurrente depuis que j’ai perdu mon fils.
Je suis énervée de ne pas avoir su écouter  les signaux de détresse que m’envoyer mon corps lorsque j’étais enceinte. A priori j’ai dû avoir des contractions que j’ai pris pour des douleurs ligamentaires.

Je suis énervée parce que si j’avais pas changé de gyneco en cours de grossesse et que j’avais été suivi par le confrère du Pr Fortiche en privé j’aurais sûrement gagné du temps et donc eu la chance d’avoir mon fils en vie aujourd’hui. Mais j’ai voulu être normale, choisir une maternité cooconing comme toutes les jeunes femmes qui font des bébés dans un 160. Oui il paraît que plus personne ne fait des bébés dans un 140. 

Je suis énervée parce qu’hier l’hystero s’est très bien passé bon il aura fallu une barre d’exomyl mais au moins je ne me suis pas plein du spéculum. La Doc a été juste formidable même Sir qui n’a pas ce genre de considération l’a trouvée super. Elle nous a redit que le Dr P. , qu’elle connaît bien par ailleurs, s’est prononcé sur un sujet qui n’est pas sa spécialité et que nous devions surtout pas en tenir compte. Pour sa part, elle n’a pas pu constaté de béance de col car j’ai 2 ou 3 polypes dont un à l’entrée. Donc il faut retirer les polypes pour y voir clair et préparer la suite. Jusque là je/nous sommes d’accord.

Je suis énervée parce que le soir même nous avions rdv avec Pr Fortiche pour faire le point. Je pensais vraiment ressortir avec un programme précis mais au lieu de ca j’ai droit à une énième visite chez un autre médecin, le Professeur chef de service donc son Big Boss, pour parler retrait des polypes.

Je suis énervée car après l’opération il faudra encore attendre pour faire le comptage folliculaire qui obsède tant le Pr Fortiche, avant de pouvoir parler reprise de la stim ou pas. On dirait que 6 mois de grossesse finalement ça ne compte pas ou plus. 

Je suis énervée car je me sens trahi par le Pr Fortiche qui m’oblige à recommencer tout comme si c’était la première fois et comme si je n’avais jamais été enceinte. Le corps médical, la famille et mon entourage m’ont tous menti après la perte de mon fils. Ils m’ont tous dit que j’aurais un autre enfant voir plusieurs autres enfants. 

Je suis énervée parce que je ne me sens pas capable d’aller travailler et que je suis au bord de l’implosion. Hier j’étais tellement énervée contre Pr. Fortiche, que j’adore d’habitude, que je lui aurais bien mis mon poing dans la gueule. Je ne suis pas du tout excessive en ce moment 😂🤣

Mais je suis contente car mes séances hebdomadaires chez la psy me font avancer. Je comprends beaucoup de choses sur ma vie et certaines souffrances que je traine depuis beaucoup trop d’années. 

Je suis énervée parce que je ne supporte plus qu’on me dise que je suis forte ou courageuse ou battante. Je ne suis rien de tout ça, c’est le moment où je perds mes chers lecteurs et mes amis, JE N’AI JUSTE PAS LE CHOIX. C’est comme dire à quelqu’un qui a subit une agression importante qu’il est courageux de continuer à vivre et de faire ce qu’il peut pour reprendre une vie normale! Bah il a pas le choix tant qu’il décide de continuer à respirer. Sinon autant mettre fin à ses jours. 

Je vous remercie 🙏🏼 du fond du cœur ❤️ de vous réjouir d’avoir de mes nouvelles et surtout d’en prendre et de m’apporter votre soutien autant que possible mais please ne pensez pas à moi comme une battante car je ne le suis pas. Je suis juste une jeune femme de 35 ans maintenant qui vient de passer 7 ans de sa vie à ne penser qu’au jour où elle serait mère. Je suis juste une névrosée de la maternité qui oublie de vivre en attendant ce jour et qui meurt chaque jour un peu plus que ce jour ne se réalise jamais.

« La différence entre le possible et l’impossible se trouve dans la détermination » Ghandi



Les suites: les choses se compliquent

Les mois passent vite, trop vite depuis la mort de notre fils. La douleur est là sans être là. J’ai le sentiment de réussir à vivre une vie quasi normale. Dès l’instant qu’on me demande pas de réfléchir ni de faire les choses à rythme « normal » car j’ai la mémoire qui flanche et un rien m’angoisse à me paralyser dans l’action. Je vois une psy toutes les semaines histoires de ne pas refouler le traumatisme comme je sais si bien le faire. Il paraît que mes réactions sont normales dans le contexte.

Mais étrangement j’arrive vachement à me projeter dans un futur heureux. Je n’arrive pas à me dire qu’on en restera là. Quand je parle de nos autres enfants à Sir je fais attention à rester dans l’hypothétique mais uniquement parce que je sens qu’il n’y croit plus. Par respect pour ses sentiments je fais un peu semblant de ne pas y croire. Et pourtant les choses s’aggravent…

J’ai revu le Pr Foriche début mars pour relancer le processus mais les examens n’étaient pas bons:

– une AMH en chute libre, dont certains diront volontier qu’on s’en fiche même si elle est à 0.8 contre 2.5 il y a un an. Il est vrai qu’entre le choc du deuil et l’infection des ovaires on peut aisément expliquer ce résultat. Mais Ca ne s’arrête pas là;

-écho à J3 avec Fortiche, il n’y voit rien. Bon on connaît la blague il n’y a que les échographistes pro qui arrivent à lire mes échos endo chatale. Donc on va pas paniquer il suffit d’aller voir la pro.Mais ce résultat m’a quand même valu une visite chez un spécialiste de l’endometriose après un IRM.

Résultat:

Je cherche à savoir s’il existe beaucoup de femmes atteintes sévèrement au niveau de l’utérus mais à l’extérieur, cette précision à vraiment son importance, et qui ont réussi à mener une grossesse à terme ou suffisamment pour que l’enfant à naitre n’ait pas de séquelles. Car selon le chirurgien j’ai peu de chance d’y parvenir même avec un cerclage haut avec fils plat plus large. Il me donne max 28 SA de grossesse.

Il me reste encore à faire l’hystero la semaine prochaine et à revoir Pr Fortiche pour avoir son avis définitif.

Alors me jètera t’il ou ne me jètera pas, là est toute la question.

À faire à suivre…

Hôpital 

Voilà finalement j’ai refait une infection aux ovaires. Voilà 2j que je suis à l’hôpital. J’ai eu droit à une ponction cette après-midi et ça va mieux. 

Bon j’attends les nouveaux antibiotiques qui sont très fort paraît-il. Ça ne va pas être facile, je vais encore vomir mais après ça ira.

Souffrance 

Voilà plus d’un mois maintenant que je suis mère et en deuil. Je peux dire que j’ai passé tout le mois de janvier avec des douleurs atroces. Ca va mieux mais pas tant que ca. Je ne m’allimentais plus à cause des douleurs. J’ai perdu beaucoup de poids. Je n’étais déjà pas bien épaisse avant d’accoucher. Alors la combinaison perte de poids et douleurs ça donne une Pivoine très affaiblie.

Vous me direz l’avantage c’est que j’ai très peu eu l’énergie de pleurer mon fils. J’ai presque la pression que la mort de mon fils ne ne fait rien. Je suis une mère sans cœur, focalisée sur sa seule souffrance. 

Je suis épuisée d’avoir mal à mon corps. 

Le clou du spectacle: mes douleurs d’endométriose sont au plus haut alors même que je n’ai pas eu mon retour de couches. Je ne sais plus quoi faire. J’ai repris les antidouleurs mais jusqu’à quand ? Pour quelle vie? Je regarde une photo de moi à 2 ans sur mon cheval à bascule. Je l’aime beaucoup cette photo car elle reflète une époque heureuse de mon enfance. Et puis aujourd’hui en la regardant je me suis dit : » waou! Si seulement quelqu’un avait eu l’idée de me tué à ce moment là il m’aurait épargné tellement de souffrance dans ce monde ».

J’aimerais n’avoir jamais existé. Je ne me tuerai pas car cela correspond pas à ma vision de la vie. Mais je suis tellement fatiguée de vivre…

Je dois reprendre la Pma dans quelques semaines ( retour de couches puis sur cycle suivant) mais je suis tellement endolorie que je ne vois pas comment c’est possible. Je souffre tous les jours. Certains jours les cachets sont assez efficaces pour me donner l’illusion que je vais pouvoir remonter la pente et d’autres jours comme aujourd’hui la douleur reste sourde et je cesse de croire en la vie. Je n’arrive même pas à penser à mon fils. Mes larmes sont pour moi. Je me fais pitié à l’idée d’avoir des douleurs physiques jusqu’à la ménaupose. Je suis épuisée. Je ne sais même pas qui consulter à Paris sur l’endometriose. 

La grossesse ne m’a pas réparé… elle m’a achevé.

Comment vous le dire?

Comment vous dire merci pour tous vos témoignages d’affection?

Comment vous dire merci pour votre soutien dans cette tempête?

Comment vous dire merci  pour avoir partagé tout de suite des lueurs d’espoirs avec vos propres histoires?

Je ne sais pas. Mais j’ai vu votre mobilisation sur la blogo et j’en suis touchée. Je me suis sentie épaulé de toute part, IRL et ICI, cela m’a aidé à rester debout.

Merci infiniment d’avoir contribué à ce que cette semaine qui s’achève, sans mon fils dans mon ventre, se fasse dignement. J’ai continué à me lever et me laver parce que je me dis que « ça aussi je le surmonterai »… La vie veut me mettre à terre, je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal pour en baver encore et encore. Mais j’aimerais dire à la vie que je ne souhaite plus relever de challenge. Merci!

Je scrute la photo de mon fils 100 fois par jour pour trouver la force d’avancer.  Nous sommes fiers d’avoir accompagné ce petit bonhomme jusqu’à sa dernière demeure comme un grand. Nos familles ont été là, nous étions tous émus, effondrés. Mais moi je cherche encore la recette miracle pour retirer mon cœur afin de ne plus rien sentir. Parfois, on se dit avec Sir « Chouette, finalement on n’est pas à terre! On va y arriver! On va survivre à la perte de notre petit bonhomme! » , et puis 1h plus tard on s’effondre! C’est un jeu sympa auxquels les parenanges aiment jouer je crois! Croire qu’ils sont forts pour découvrir qu’ils ne sont rien.

La nuit je ne dors pas…

La nuit débute la guerre des souvenirs. C’est le tête à tête avec les regrets, la peine, le sentiment de solitude et l’envie d’en découdre une bonne fois pour toute avec la vie! Alors, je ne dors pas et empêche Sir d’essayer d’y parvenir. Je veux un autre enfant et vite pour remplir ce ventre mou! Je veux pouvoir danser avec lui (mais qui est il? A., notre fils aîné? un autre enfant qui sera l’ombre de son frère ainé A.?Un autre enfant qui pourra exister par lui-même et pour lui-même sans que l’ombre de son frère ainé A. ne pèse trop sur sa propre existence?) dans mon ventre et le sentir bouger.

Je veux avoir le temps de voir mon ventre tellement grand et gros que je ne verrai pas mes pieds! Je veux que mon enfant m’enterre et non l’inverse. Je veux organiser des goûter d’anniversaire chiants (parce que je ne suis pas une mère gâteau! Mais une mère aimante quand même) chaque année avec ses petits copains. Je veux lui apprendre le féminisme pour qu’il puisse être un homme bien comme son père! Je veux le voir rigoler avec son père et se moquer de moi! Je veux pouvoir m’engueuler avec lui parce qu’il ne  votera pas comme ses parents. Je veux pouvoir brandir la menace (inefficace mais cocasse) de le déshérité s’il abandonne mon nom de famille que je lui aurais transmis après moult démarche (une déclaration de choix de nom de famille signé de ses deux parents! lol). Je veux le retenir à 20 ans de quitter la maison et être fière (en secret) qu’il exige de l’autonomie. Je veux découvrir un jour qu’il est amoureux fou et qu’il a trouvé sa moitié. Je veux pouvoir me méfier de cette moitié qui me retirer mon FILS. Je veux être un stéréotype de mère juive aimante alors que je ne suis même pas juive.

Je veux …nous voulons….mais nous ne pourrons pas. Notre fils est dans un cercueil, posé dans un trou et recouvert de terre avec un chapeau de fleurs.